Témoignages

 
 
 
 
 
BONS ou MAUVAIS GALGUEROS !!!
 
 

" Oui,  on peut se demander à quoi pensent les gens qui utilisent

le terme de "bons galgueros"…

 

Ils parlent de ceux qui, à la place de tuer leurs galgos "inutiles", les conduisent en perrera ou en refuge.


Il faut se demander aussi qu'elle est cette société qui permet à

un groupe d'individus d'abandonner leurs animaux de

façon répétitive, sans aucun contrôle et en toute légalité.. .

 

D'abandonner avec bonne conscience et en s'en

"lavant les mains", des êtres vivants qu'ils ont utilisé

sans se soucier de leur devenir…


Tant que ce pays ne mettra pas un terme à ce système

pernicieux, rien ne changera. Bien au contraire.....


Les galgueros « bons » ou « mauvais » continueront de tuer les galgos… Quelque soit leur façon de faire."

 

 

 

Texte très bien écrit de " Yo Galgo"
Merci à Mara Lisa pour la traduction

 

 

 

Et comme disent nos amis bénévoles espagnols :

 

Il n'y a pas de bons galgueros - « Todos hijo de putas » !!!

 

 

Le 15.07.2016
 
 
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L’Espagne est le pays où l’on pend les galgos. L’Espagne est le pays qui ne sait pas apprécier l’inconcevable tendresse d’un animal qui s’enroule dans l’air en dessinant d’impossibles pirouettes. L’Espagne est le pays des arbres aux branches assassines, où une corde infâme moissonne une vie aussi légère que l’écume.

 

L’Espagne est une terre inféconde qui enterre la poésie dans ses entrailles mortes.

 
 
 
 
 

Les galgos sont des poètes embusqués dans le vent, ils tournent à droite ou à gauche en silence, se faufilant comme un ruisselet d’eau échappé d’un canal d’irrigation.

 

Les galgos sont des poètes qui se détachent sur la lune en dessinant d’improbables silhouettes.

 

Les galgos chevauchent les mots ou sautent par-dessus, se jouant des tildes, si arrogantes et inflexibles.

 

La tilde est une dame ridicule qui se cloue sur les mots, telle une épine. Les galgos dérangent ses habitudes en la lançant dans le vent qui joue avec elle jusqu’à l’ennui et alors, dépité, il l’abandonne sur un toit où elle ressemble à une brindille. Parfois, elle finit dans un nid. Là, elle y reçoit des leçons d’humilité et accepte sa douloureuse nullité.

 

Les pas d’un galgo ne laissent pas de traces. Ils sont rapides, ailés presque éthérés. Ils ne sont affectés ni par la gravitation, ni par la dureté de la pierre. Quand la folie s’empare d’eux, les galgos accélèrent le mouvement de rotation de la terre. Le regard peut à peine suivre des yeux leur galop échevelé mais grâce à leurs courses nous pouvons écouter la musique des sphères terrestres.

 
 
 
 
 

Les galgos se moquent de l’orthographe en étirant ou en repliant leurs oreilles. Les oreilles d’un galgo peuvent se transformer en X, en Y ou en LL. Et même, en se forçant un peu, ils peuvent esquisser la N ou le nombre Phi, le nombre d’or où se cache Dieu, ils s’amusent avec tous ces chiffres avec une facilité déconcertante qui laisse loin sur place les maîtresses d’école. Les maîtresses d’école ne comprennent rien à Dieu ni aux galgos. Dieu est un enfant qui utilise les pointillés pour traverser les rivières. Il les lance l’un après l’autre et avance à petits sauts. Ceux qui lui restent, il les garde dans sa poche.

 

Les galgos ne se séparent jamais de Dieu car ils savent qu’il a besoin d’eux pour ne pas se perdre par les chemins où est posté l’homme avec une faux dans sa main. On nous a raconté que Dieu est un vieillard à la barbe blanche et à la peau ridée mais Dieu est un enfant malade qui fait taire sa douleur en caressant la tête osseuse d’un galgo. Les galgos surveillent le monde pendant le repos de Dieu.

 

Chaque fois que quelqu’un commet un méfait, ils lancent un aboiement et Dieu se réveille mais Dieu ne peut rien faire car personne ne prête attention à un enfant trop petit pour atteindre le trou de la serrure d’une porte, même en se hissant sur la pointe des pieds.

 
 
 
 

Les hommes qui pendent les galgos ont perdu leur âme depuis bien longtemps. En réalité, leur âme a fui, épouvantée quand elle a découvert leurs mains ensanglantées.

 

Les hommes qui pendent les galgos cachent leurs yeux derrière des lunettes noires car ils savent que leurs yeux les trahissent. Il suffit de les regarder pour se rendre compte qu’il n‘y a rien derrière.

 

Les hommes qui pendent les galgos sont les mêmes qui ont fusillé Garcia Lorca. Pour eux cela n’était pas important de déraciner de notre sol un poète qui dormait au milieu de camélias blancs et qui pleurait comme l’eau. Ils s’en fichaient de l’ensevelir dans une tombe anonyme, avec les yeux ouverts et une grimace de terreur.

 

Les hommes qui pendent les galgos parlent à peine ; Ils n’aiment pas les mots. Ils n’aiment pas justifier leurs actes ni manifester leurs émotions. Ils laissent des traces de douleur et de peur. Ils se moquent des poètes qui passent leurs nuits éveillés à chercher un vers pour terminer un sonnet. Ils se moquent des insensés qui rêvent d’un futur sans bombes ni ruines noires. Ils se moquent des promesses que l’on nous a faites quand nous étions enfants, ces promesses qui nous assuraient que l’éternité rend la mort paisible en nous évitant de tomber dans l’oubli.

 

 

 

Chaque fois que meurt un galgo, un enfant devient orphelin.

 

Les galgos prêtent la lumière de leurs yeux aux enfants malades. Ils les accompagnent dans leurs nuits de fièvre et leurs cauchemars. Ils les réveillent tout doucement en leur parlant à l’oreille du jour qui arrive dans sa fraîcheur et sa lumière naissante. Ils leur parlent du printemps et de la graine qui va fleurir. Ils leur parlent des matins ardents de l’été quand la mer s’offre amicalement et que le soleil ressemble à une pierre jaune qui n’en finit pas de tomber. Ils leur disent que l’hiver s’est caché derrière un arbuste et y es resté endormi. Les enfants malades sont ceux choisis par le Jeune Rabi pour montrer au monde la beauté dans sa forme la plus pure. Le jeune Rabi a fait face au pouvoir des ténèbres avec la seule aide d’un enfant estropié et d’un galgo famélique, en sachant que la compassion est une fleur étrange. Une fleur qui ne pousse que sur les versants escarpés et les profondes solitudes, où les prières grelottent de peur en pensant qu’elles resteront muettes dans un sous sol vide.

 
 
 
 

Certains matins, je me lève tôt et les galgos sont déjà sur l’esplanade qu’ils appellent place avec sa triste église à la façade blanchie à la chaux pour cacher la pierre ; il y a aussi un arbre au tronc noueux qui ressemble à des bosses.

 

Attachés par de longues chaînes, tous sont jeunes et ignorent ce qui les attend. Ils ignorent que ce jour-là certains finiront leur vie dans les champs, dépassés par la cruauté humaine.

 

Je pourrais les avertir mais les hommes qui trament leur mort déambulent avec des fusils et de longues cordes. Leurs yeux ressemblent à des braises allumées d’une vieille haine.

 

Les yeux des galgos battent des ailes comme des papillons de couleurs. Bleu, châtain, violet peut-être même d’une ténue splendeur dorée comme un vieux clairon. Certains sont assis, d’autres couchés sommeillant. Certains sont debout, d’autres écroulés. Certains sont si maigres qu’ils semblent léviter. Certains semblent faits d’argile, d’autres d’argent, d’autres sont blancs comme l’aube.

 

L’aube qui déjà arrive et les met en mouvement.

 
 
 
 

On entend les chaînes, les cris, les éclats de rire. Ils s’éloignent tous ensemble, unis dans un destin inégal.

 

Je ressens ce qu’a senti Don Quichotte en contemplant les galions condamnés à pousser un énorme bateau de guerre avec une rame « Pourquoi traiter en esclaves des êtres que Dieu et la nature ont voulu libres ? » Je me suis assis sur un banc de pierre et je les ai regardés s’éloigner.

 

Un galgo blanc, à la démarche résignée, tourna la tête et me regarda humainement avec des yeux fatigués et une faible lueur d’espoir.

 

Nous savions tous deux que nos vies étaient une étincelle, un moment de clarté dans des ténèbres infinies mais nous nous efforcions de penser que nous pourrions nous revoir sous d’autres cieux, nous promenant dans une plaine sans fin, loin de cette matinée de tuerie qui faucherait les vies des faibles et des amochés.

 

Nous nous retrouverions dans une matinée sans pénombre ni oubli, un matin de plénitude et de splendeurs, un matin parfait sans peurs. Nous nous regarderions de nouveau comme deux vieilles connaissances qui ont découvert le bonheur l’un dans l’autre. Ses yeux dans mes yeux, ses rêves dans mes rêves et nos battements de cœur à l’unisson dans le vent.

 

 

 

 

 
RAFAEL NARBONA

(Traducción Christine, enlace pinchar aquí )

Para el enlace de la página en castellano pinchar aquí

 
 
 
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ACTEUR DANS NOTRE COMBAT
 

 

VOUS VOULEZ ETRE ACTEUR DANS NOTRE COMBAT CONTRE LA CRUAUTE ENVERS NOS CHERS GALGOS.

 

VOUS VOULEZ PARTICIPER AU SAUVETAGE D’UN LOULOU EN VOUS INVESTISSANT A VOTRE MANIERE.

 

VOUS ETES REVOLTES PAR AUTANT DE VIOLENCES MAIS VOUS VOUS SENTEZ IMPUISSANTS...

 

NOUS SOMMES LA POUR AGIR .... VOUS ETES LA POUR NOUS SOUTENIR...

 

 

NOUS SOMMES LA TOUS ENSEMBLE POUR DIRE NON

 

 

NON, NOUS NE RESTERONS PAS INSENSIBLES AU MALHEUR DES GALGOS ...

 

NON, NOUS NE NOUS VOILERONS PAS LA FACE DEVANT UN GALGO TORTURE ...

 

NON, NOUS NE NOUS LAISSERONS PAS ABUSER PAR LA TRADITION ...

 

NON, NOUS NE LES LAISSERONS PAS LA-BAS, EN ESPAGNE, SANS REAGIR ...

 

NON, GALGUERO TU NE NOUS FAIS PAS PEUR !!! TON LEVRIER EST PLUS FORT ...

 

OUI, NOUS SOMMES LA POUR VOUS, LES GALGOS, TOUS ENSEMBLE ...

 

SI VOUS VOULEZ NOUS REJOINDRE, DEVENEZ ADHERENT DE

L’ASSOCIATION Lévrier mon Amour POUR 15 € PAR AN ET VOUS

SEREZ AINSI, VOUS AUSSI,UN MAILLON DE CETTE CHAINE QUI NOUS

UNIT TOUS DANS CE COMBAT.......

 

ET C’EST PAR CES PETITES SOMMES MISES BOUT A BOUT, QUE NOUS ARRIVONS A FAIRE REMONTER DES GALGOS DE L’ENFER...ET A LEUR PERMETTRE DE VIVRE HEUREUX DANS

DES FAMILLES AIMANTES ...

 

MERCI POUR EUX

Juin 2015
 
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// L'histoire de SENDA //

 



" Je suis revenue me promener dans la forêt, côté ouest. Lorsque je me trouve loin de la ville, cet endroit revient dans mes songes, Senda aussi. Parfois je fais de beaux rêves, je rêve que je ne revois plus Senda dans la forêt, et ne plus la revoir est toujours une bonne nouvelle. Par contre il y a des fois où je fais d’affreux cauchemars, je rêve que malgré mes dénonciations, le galguero du village continue avec les pendaison de galgos, et pas seulement ça, je rêve aussi que derrière sa maison se trouve un puits énorme où il jette les chiens, et que même Senda est incapable d’aller repêcher ces pauvres âmes.

Les galgos comme Senda sont considérés comme du matériel, un matériel fongible, car leur corps ne peut pas supporter les courses ventre à terre en pleine campagne. Leur musculation est affaiblie par une alimentation à base de pain et d’eau, leurs pattes se cassent. Fongible parce que ces chiens s’entretuent pour obtenir ce misérable bout de pain, ils sont par dizaines entassés dans un sous sol, fongible parce que les femelles attrapent des maladies à l’utérus à force de mettre bas dans des sous sols humides et sales, parce qu’ils doivent supporter le froid et la faim, sans jamais une couverture où pouvoir s’étendre, ils n’ont que leur peau en guise de caresse, et aussi parce que, trop souvent, au lieu des caresses qu’ils recherchent pendant les longs mois d’hiver ils reçoivent les tabassages du galguero, dans quel but ? je l’ignore, certainement pour s’amuser, ou bien pour combler la misère de sa vie, mais ce n’est certes pas pour une bonne cause. Donc, on jette ce matériel abîmé, on le détruit à coups de marteau sur la tête, on le pend ou bien on l’abandonne dans les bois où les collets démolissent leurs pattes, ou bien ils y meurent de faim ou tombent malades ; et malgré tout, malgré cette vie atroce, je suis sûr qu’en silence, du haut de leur échafaud, lorsqu’ils sentent couler la dernière goutte de sang de leur crâne fracassé, ce n’est pas la liberté qu’ils appellent à l’aide, mais leur maître.

Ce sont de si doux esclaves, si humbles… Le problème ici c’est que le qualificatif d’être humain ne peut être donné à tout le monde, car il devrait s’appliquer plus à l’acte qu’à l’espèce.

Tout avance très lentement en ce qui concerne le concept du galgo, dans le village. On a souvent recours à une morale double, qui est fausse par ailleurs. C’est un village, et dans les villages, encore aujourd’hui, les gens tuent leurs animaux pour manger, il ne s’agit pour eux que d’un matériel pour survivre. Le bénéfice brute et total est tout ce qui compte, ainsi qu’un investissement minimum en alimentation car, avant, ils étaient vraiment très pauvres et ne pouvaient se permettre ni le luxe ni la justice, pour les pauvres animaux, d’un vétérinaire. Les débuts de la cruauté envers les animaux sont peut-être là, ce qui n’à plus aucun sens de nos jours, puisque l’Espagne est un pays avancé, et les villages et paysans ne manquent plus de rien… Tout ce parfum de tradition est trop enraciné, et paysans et citadins ne sont toujours pas capables d’ouvrir leur esprit et montrer un minimum de respect vis-à-vis d’êtres vulnérables comme les animaux.

Je disais donc qu’au village tout avance très lentement, je n’ai pas beaucoup de gens à qui parler car pratiquement personne n’est d’accord avec moi. Mon père s’est disputé avec son voisin, le galguero, à cause de moi, car je l’ai dénoncé et il a dû payer une amende (rien de grave face à la cruauté commise)… Ma mère, même si elle n’en laisse rien paraître, a honte de moi; car j’ai volé un boulot et un hobby à son voisin. Plus de la moitié du village pense comme eux, car ils sont presque tous chasseurs et ils achetaient leurs chiens au galguero, même le maire achetait les plus rapides pour les faire courir à Barcelone, les seules pistes encore ouvertes pour ce genre d’exercice. Mais face à l’enquête policière, pas même le maire n’a essayé de défendre le galguero, conscient dans son fort intérieur, que cet exercice n’avait rien de moral ni de légal.

J’avais onze ans quand j’ai trouvé Senda, elle était couchée sur le bas côté de la route, aux environs du village. Je me suis approché tout doucement car j’avais peur qu’elle aboie, ou qu’elle me morde, et aussi par précaution car j’appréhendais de me trouver face au macabre spectacle d’un chien mort. Lorsque je me suis approché, elle a ouvert les yeux, elle a levé sa tête et remué doucement sa truffe. Elle a essayé de se lever, mais elle est retombée brutalement en soulevant une nuée de poussière autour d’elle. Je lui ai touché la tête, et lorsque ma paume l’a effleurée elle a tressailli et crié. J’ai eu peur de lui avoir fait mal et de suite j’ai essayé de voir si elle était blessée, mais rien ne paraissait tourmenter cette peau couverte de poussière. J’ai essayé alors de la motiver pour qu’elle me suive. C’est en regardant ses pattes que mon sang n’a fait qu’un tour en observant que la chienne avait une patte qui pendait, des lambeaux de peau pendillaient de partout, autour d’elle le sang avait déjà séché et était devenu gélatineux, comme si on avait versé un verre de peinture, et un os tout jaune et saillant pointait férocement, annonçant ainsi sa douleur et son angoisse.

Je suis revenu en courant chez moi mais je n’ai pu convaincre personne de m’aider, j’ai donc cassé ma tirelire et sorti tout l’argent que j’avais économisé depuis deux ans, j’appelais ensuite un de mes meilleurs copains et, à nous deux, nous avons hissé la chienne sur une petite charrette, nous l’avons mouillée un peu et avons marché 2 kms pour parvenir jusqu’au vétérinaire du village principal. Notre histoire eut l’air de les émouvoir. La vétérinaire nous prévint que la patte de la galga ne pouvait ni s’opérer ni guérir et qu’il fallait amputer, mais elle nous assura qu’elle pouvait très bien se débrouiller avec seulement trois pattes. Nous allions la voir tous les jours, avec mon ami, on l’avait opérée et stérilisée aussi à cause d’une infection à l’utérus provoquée par ses fréquentes maternités, on lui retira aussi plusieurs plombs de chasse du dos et des cuisses.

L’arrivée de Senda à la maison fut une apothéose…

Mon père était furieux parce que son fils avait dépensé une grosse somme d’argent dans une chienne rebelle et bonne à rien, il me frappa à plusieurs reprises, j’encaissais les coups en serrant les dents de rage et je lui crachais, ravi, ma victoire définitive à la figure : la chienne ne servirait pas non plus à mettre bas car elle était stérilisée, et c’est là que le galguero désista définitivement.

Au fil des années je me suis habitué aux fugues de Senda, le village s’habitua aussi peu à peu à sa présence, son invalidité et sa sympathie lui valut l’affection de grands et petits.

À 20 ans j’obtins un travail en ville, et je pris Senda avec moi. Elle avait 8 ans lorsque je l’avais recueillie, elle était déjà âgée, et je sus qu’elle n’allait pas me tenir compagnie longtemps en ville… Un cancer qu’elle dissimulait avec normalité la dévorait intérieurement, et on lui avait donné un maximum de 3 mois.

J’essayais d’en profiter tous les après midi au cours de nos promenades où les enfants essayaient de la toucher et les grands cherchaient à connaître son histoire, émouvante, personne ne restait insensible face au courage de Senda, et personne ne pouvait ignorer son allure et sa beauté.

Après des années de voyage, après avoir grandi et être devenu un peu plus mature, je me sentais prêt à revoir mes parents. Je pris une semaine en plein mois d’août et j’emmenais Senda avec moi au village, comme d’habitude, pour rendre visite à mes parents, malgré la mauvaise relation que nous avions. Le village était solitaire, gris et poussiéreux. La jeunesse avait émigré en ville comme moi, et les grands étaient restés, avec leurs petites vies.

Mes parents me reçurent assez mélancoliques face à mon absence qui avait duré plusieurs années, mais avec beaucoup d’émotion aussi, ils furent même émus de revoir Senda… Cette nuit là je dormis avec Senda dans ma chambre, de la même façon que je le faisais en ville, convaincu qu’à mon réveil Senda serait partie faire un tour en forêt, du côté ouest du village. Mais non, cette nuit là elle dormit à mes côtés, fatiguée. Dans la pénombre de la chambre, elle me parut plus vieille que jamais.

Au lendemain, Senda ne me quitta pas d’une semelle, et après le repas, au lieu de dormir jusqu’au soir, comme à son habitude, elle m’incita à jouer avec elle, en la suivant elle commença à courir à travers le village.

Senda continua à courir jusqu’à la sortie du village, jusqu’à l’orée du vieux bois de peupliers et pins, du côté ouest. Elle m’attendit là, patiemment. Je voulais revenir en arrière, mais elle continuait à m’attendre au même endroit, quand elle fut sûre que j’allais rester elle commença à marcher lentement vers l’intérieur de la forêt. Je l’accompagnais, méfiant et trempé de sueur, et je m’abritais à l’ombre des arbres. Elle me regardait et je la regardais, si elle avait pu parler elle m’aurait sûrement dit : « viens, je veux te raconter un secret », et ce fut ainsi.

Elle s’arrêta en plein cœur de la forêt, à côté d’un tas de troncs. Elle s’assit et me regarda, peut être essayait-elle de deviner mes pensées. Je portais mes mains à mon visage, j’étais ahuri. Des dizaines de galgos étaient pendus à des cordes, comme des drapeaux. Leurs gueules diaboliquement ouvertes d’où pendaient leurs langues. Leur peau était presque transparente et ils avaient les yeux enfoncés. Leurs pattes avant montraient bien la souffrance et l’agonie qu’ils avaient subie, car leurs coussinets étaient ouverts et à vif à force d’avoir essayé de s’appuyer sur l’arbre, et sur l’écorce on voyait encore les traces de sang séché.
La pourriture imprégnait ce spectacle et la pénombre montrait tout ce que cette scène avait de honteux, d’amoral et d’illégal.

Ces corps n’avaient reçu aucune autre visite à part la mienne, et certainement celle de Senda tous les matins jusqu’à ce que je la prenne avec moi en ville. Seuls le galguero et elle connaissaient cet endroit, elle était la seule à calmer ses compagnons, qu’elle avait certainement vu mourir, pendus un à un sur ces arbres. Je suis sûr que c’est ça qu’elle a voulu me dire. Parmi tous ces corps qui se balançaient au son du bal mortuaire du vent, je vis apparaître d’autres chiens, avec des yeux verts et lumineux reflétant le peu de lumière qu’il y avait à cet endroit où nous étions Senda et moi. Ils venaient de la partie la plus touffue du bois, faisant bouger les arbustes et ils s’annoncèrent en silence complet, sans un seul aboiement.

Je vis alors Senda partir en flèche vers eux sans regarder en arrière, et je pris peur car j’étais incapable de prononcer un mot pour la rappeler, et parce qu’en essayant de marcher je vis que Senda était toujours là, couchée à mes pieds. Elle venait de mourir et sa course avec ces pauvres âmes n’était autre que le retour vers la liberté enivrante de la mort, c’était elle le guide, la garantie du bonheur de tous ceux qui n’avaient pas pu en profiter. Je pris le corps de mon amie, encore tiède, encore musclé, et je creusais un trou à ce même endroit où elle s’était laissée mourir.

Ainsi qu’elle l’avait voulu, je dénonçais le galguero. Il affronta une bonne amende, et je fis savoir à tous l’histoire de ces bêtes sur un livre qui fut publié, ceci permit à mes parents de comprendre la misère de l’univers dans lequel ils étaient plongés y dont ils étaient complices.

Mais je n’ai pas de repos, car je sais que le galguero du village continue à utiliser ses chiennes pour mettre bas, en les alimentant de misère, certaines sont pendues d’autres sont laissées à leur propre sort et personne, pas même ma famille qui a vécu si près de Senda, qui a lu le livre, qui s’est retournée contre cet homme violent, ose se montrer hostile. C’est pour cela que je vais continuer a diffuser la misère de ces chiens, qui ne sont qu’un tout petit reflet de tout ce qui se passe dans beaucoup d’autres villages espagnols.

Je continuerai à me promener dans la forêt, pour retrouver Senda, entourée d’une meute chaque fois plus nombreuse qui me regardera avec des yeux doux, ce sont les fantômes de l’injustice prolongée, la manifestation silencieuse de la mort, tous mes projets vont à eux, aux galgos du côté ouest. "


Envoyé par Consuelo García Fernández

Par Carol, bénévole de la fourrière municipale de Badalona
(Traduit de l’espagnol par Fabienne Tremblé)

 

 

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J'ai volé ta chienne.
 
" Pour toi: son maitre :
 
Aujourd'hui, j'ai volé ta chienne. Je n'ai pas eu besoin d'entrer dans ta propriété pour cela, mais à en juger l'état de ta chienne, j'imagine à quoi elle ressemble , le mot qui me vient à l'esprit est  décharge d'ordures.
J'ai trouvé ta chienne près d'une route avec une lourde chaîne au cou au bout de laquelle trainait deux planches épaisses de sa niche avec deux gros clous rouillés. Et j'ai su que tout le monde l'avait ignorée. Si elle avait erré dans le bois, avec sa "croix" trainant derrière elle, il est probable qu'elle se serait emprisonnée dans les buissons et qu'elle serait morte de faim. Les villageois en Espagne ont pris l'habitude d'être sourds et aveugles devant la souffrance d'un animal, à moins qu'ils décident de lui donner un coup de pieds parce qu'il est entré dans leur propriété.
J'ai volé ta chienne. Ses cotes étaient apparentes tant elle était maigre, ses oreilles étaient sales, pleines de puces et tickes , son poil et ses yeux étaient éteints et  son état général déplorable , ça c'est la prouve de que tu ne la méritais pas , mais  j'ai demandé aux autorités locales si la disparition d'une chienne avait été déclarée ou si tu avais mis une annonce dans un journal local. Tu ne l'as pas fait. J'en conclus qu'elle ne te manque pas.
Ton attitude est irresponsable puisque je suppose que ta chienne n'est pas vaccinée et j'ai pu voir qu'elle était infestée de parasites. J'ai pris ta chienne pour la soigner et ces soins me coûtent de l'argent. C'est une maigre consolation de savoir qu'elle ne te manque pas. Sa fuite prouve qu'elle en avait assez de tes "soins". Il a été difficile de lui faire comprendre que je n'étais pas toi et qu'elle ne sera plus jamais battue. Après deux jours, elle s'est rendue compte que les autres animaux qui vivent chez moi l'acceptent et elle a connue sa  compagnie.
Elle a mis trois jours à oser manger de la bonne nourriture et à apprendre que les canapés étaient faits pour s'allonger dessus et qu'elle ne dormira plus dehors.
Maintenant, elle a un joli nom. Déjà, au bout d'une semaine, elle a un meilleur aspect. Ses yeux brillent, elle remue la queue de joie, elle ne se ramasse plus sur elle même lorsque je fais un mouvement brusque, elle ne s'écarte plus de moi. Je l'ai même vu par la fenêtre en train d'encourager les autres chiens pour jouer. Non, il est clair que tu ne lui manques pas, ni sa vie antérieure attachée à une chaîne. De cette brève relation, j'ai appris que l'amour peut faire des miracles et combien tu es stupide. Il est  possible que cette chienne a été l'être le plus affectueux, loyal et fidèle que tu n'as jamais eu dans ta vie. Et tu l'as condamnée à une existence misérable et de solitude. Je crois qu'en 24 heures elle t'a pardonné pour les quatre années de souffrance que tu lui as fait endurer, tandis que moi, j'attends qu'un jour tu ailles en enfer.
Une chose est sûre : cette "propriété" volée ne te reviendra pas. Tu peux me poursuivre devant le juge, jamais je ne te la rendrais. Je suis convaincu que c'est le plus beau délit que j'ai commis.
Peu de choses m'ont rendu plus heureuse que de voler ta chienne. Je vois dans son doux regard qu'elle est d'accord avec moi. J'ai juste une dernière prière, c'est qu'il ne te vienne pas à l'idée de la remplacer par
un autre chien ! Et s'il y a un jour spécial que nous pouvons célébrer ensemble, c'est le jour où j'ai volé ta chienne qui est aussi le jour où ta chienne a volé mon coeur. 
Je ne sais pas si elle restera avec moi ,j'ai beaucoup de chiens , et autres qui ont besoin de mon aide, en Espagne c'est comme ça ,  mais tu peut être sûr que je la laisserai loin de toi , dans bonnes mains  avec un bon maitre, pleine de caresses et avec  l'amour qu'elle vient de connaître ."

2013     -      Une bénévole espagnole anonyme.

Les réactions

Avatar RIVAREL

Bravo, félicitations, il en faudrait un peu plus qu'ils les volent pour leur donner meilleure vie car les animaux ne pouvant pas parler, les sales typesou sales femmes en profitent pour leur infliger tant de souffrance. Merci MADAME de l'avoir volée.

Le 02-09-2015 à 16:10:28

Avatar cathy

j'aurai aimé avoir fait ça !
j'aurai aimé l'avoir ensuite écrit, comme ça ....
Alors oui, 2 fois BRAVO Madame, et que ces individus là connaissent à leur tour l'enfer !!

Le 19-09-2015 à 15:36:38

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